Qui est Charles Jude

Publié le par Charles Jude

Pas facile de se lever le matin quand on ne sait pas toujours d'où l'on vient. Cette impression, Jude l'a de temps en temps. Pas souvent, mais assez pour lui rappeler qu'il a été ramassé un jour, dans le caniveau, face à une boulangerie miteuse. Il n'avait pas dix-huit mois.

D'orphelinat en orphelinat, il s'est construit tout seul, Charles Jude. Pas rancunier, mais pas si revanchard que ça non plus, il s'est laissé glisser de maintes années. Faute d'avoir des parents "comme tout le monde", il s'est choisi une famille à lui. Héros, noms dorés, légendes vivantes ou de papier. L'écrit était son lit, la lecture son oreiller. Pas étonnant que son goût prononcé pour les lettres dans un milieu où l'on a plus l'habitude des conneries et de l'indifférence ait conduit notre jeune homme à accueillir les railleries les plus basses et les plus faibles d'esprit.

Marre de pas se trouver un siège dans une assemblée aux pieds bancals, il plaque tout et quitte la table. Le voilà remonté dans les rues parisiennes, dans un appart' minable de la rue Tardieu, à deux pas des effilochages en règles de quelques bourgeois malheureux tombés sur des aminches un brin trop sensibles pour être honnêtes. " Fallait pas se tromper de chemin, non plus, mon bon m'sieur". Le chemin des agressions aux clairs de lune ont conduit Jude dans le fauteuil inconfortable de la rédaction de La Capitale. Un journal parigot, comme on n'en lit plus de nos jours, un peu moins bon que son concurrent, Le Point du jour. Du moins c'est ce que disent certains. Mais ça dépend de ce qu'on lit.

Armé, pour changer, de papiers grattés narrant crimes et vilaineries, Jude finit par faire bonne impression sur l'hôte de ces bois, Harvard. Chef de rédac tyrannique mais juste, prétendent les bons. Imbuvable, incompréhensible, ignoble, disent les tâcherons. La vieille barbe se prend d'amitié pour ce jeune blanc-bec hirsute au costume déjà démodé dans les années folles. Il mérite une chance le marmot. Jude a encore les dents blanches, il a temps de durer.

Mais il faudrait qu'il évite de se la ramener. Il se la ramène trop. Cela se voit, il sait ce qu'il vaut. On va le lancer. A lui de voir comment il compte retomber. Sur ses pattes, sur le dargeot ou les dents claqués la chaussée. Voire...


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Chikitif 04/05/2008 20:43

Classe ce post, et chouette photo..