La scène qu'on attend...

Publié le par Charles Jude

Lorsque l'on lit des articles sur le cinéma, sur les réalisateurs, il y a un toujours un truc qui revient comme un leitmotiv dans les interviews des grands "faiseurs de rêves". Combien de fois n'ai-je pas lu tel ou tel Monsieur du cinéma dire : "C'est en particulier pour cette scène que j'ai voulu faire ce film" ou "Sans cette scène, je ne pense pas que j'aurais tenté l'aventure"...

On les connaît bien. Ce sont ces moments clés marquants, véritables "points d'orgue". Souvent, d'ailleurs, ils ne font pas partie des tournages les plus compliqués techniquement. Il ne s'agit pas de course-poursuite, d'explosion ou autres... Non ou enfin pas tout le temps. Dans Indy III (la dernière croisade), par exemple, Spielberg ne rêvait qu'à un truc, la scène de fin où le héros se réconcilie avec son père. Un plan large, deux contrechamps et une musique en crescendo...


Demain, c'est ce genre de "truc" qu'on va tourner. Demain on filme la "hache". Je crois bien que je n'avais pas encore écris une seule ligne sur Jude, je n'avais même pas trouvé l'histoire, que je pensais déjà à cette séquence. Vous verriez comment mon grenier a été "modifié" en conséquences... Pourquoi cette scène ? Parce que si elle passe, tout passe, sans souci. Et puis, c'est vraiment le clin d'oeil utlime aux serials des années 30 !

Dans un film, selon mes "profs" Welles et consort, dans un film on y va crescendo. Vous pouvez tout montrer aux spectateurs si c'est bien amené. Faut juste ni aller trop vite ni aller trop lentement. Quand on arrive à un moment clé du film où on sait qu'on a une action à faire passer, on sait tout de suite quand c'est raté. C'est le genre de scène où, quand le film est fini, on fait à sa copine ou à son pote : "J'ai bien aimé mais ça j'ai trouvé que c'était un peu gros".

Pour ceux qu'ils veulent approfondir le sujet, il y a un gars qui en parle longuement dans un making off. Dans le fim Ghostbusters 1, Ivan Reitman, le réalisateur, avait donc eu le cas pathologique du "Sans-cette-scène, je-ne-pense-pas-que-j'aurais-tenté-l'aventure" avec la scène du machmallow géant. Le petit marin, à la fin, tout en guimauve. Jusqu'au premier jour de sortie, il s'est dit "ça va pas passer, ça va pas passer...". Ce qui est intéressant, c'est quand il raconte comment il est arrivé à faire monter le film crescendo jusqu'à faire "gober" ça aux spectateurs.

Là où cet exemple devient vraiment intéressant, c'est en 1985. Reitman signe la suite des Ghostbusters. Ce coup-là, il invoque la statue de la Liberté à la fin du film. Elle s'en va gambader dans New York. Même processus, même recherche du crescendo, mêmes héros, tout pareil... Mais là personne n'y a cru. Le film a été l'un des flops les plus retentissants et les plus critiqués des années 80.  Pourquoi le marin en guimauve est passé mais pas la statue ? Je pense que Reitman se pose encore la question aujourd'hui.

Et moi je tourne ma scène "Sans-cette-scène,-je-ne-pense-pas-que-j'aurais-tenté-l'aventure" demain...


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