Note d'intention

Un « serial » dans le pays de Vannes

Pourquoi en 2008 réaliser un serial à la mode hollywoodienne ? Après tout, c’est démodé, c’est kitch et on ne les voit aujourd’hui qu’avec un sourire amusé. Certains spectateurs ont même à leur égard un certain dédain. « On regardait vraiment ce genre de trucs… » Non, ces vieux épisodes poussiéreux noir & blanc n’ont pas la cote en ces années 2000.

C’est pourtant ce type de feuilletons, héritage des romans du XIXe, qui ont aujourd’hui donné les codes, parfois ses lettres de noblesse, au cinéma populaire. La manière de les tourner rapidement, mais toujours avec une belle lumière, d’exposer des aventures insensées, mais toujours avec imagination (dans les bons exemples), font d’eux un genre unique au souvenir indélébile. Ils fondent aujourd’hui une énorme source de références universellement partagées. Il suffit de regarder une image de Perils of Nyoka, où la jeune héroïne est prisonnière d’un plafond à pointes tombant lentement, ou une séquence d’un Zorro bondissant sur une diligence…

Preuve en est de leur vivacité : le retour aux sources de nombreux réalisateurs vers ce genre. Il reste à peine cinq mois avant qu’Indiana Jones IV ne sorte. Les Incorruptibles (1987) fait toujours partie des références des films de gangsters. Il y a trois ans, Capitaine Sky leur rendait un hommage d’une heure et demi. Avec les serials, généralement plus simples à réaliser, revenant à un cinéma plus « tranché », plus téléphoné et plus efficace aussi, les réalisateurs se font autant plaisir qu’aux spectateurs.

C’est cette notion de plaisir d’imaginer, de tourner, de montrer, bref de jouer (tout simplement) qui anime ce projet de serial, Les Périls de Charles Jude. Comment réunir différents acteurs de la région autour d’un même projet ? En s’amusant. Quelle est la plus simple manière de s’amuser en cinéma ? Le serial.

Un gros jouet qui permet de s’essayer à tout un ensemble d’idées. Et pourquoi pas se servir de ce jouet, de ces idées pour fédérer « un peu » le pays de Vannes autour d’une série de court-métrages se nourrissant des ressources qui sont à sa portée. De ses lieux, de ses acteurs, ses associations. Musiciens, théâtre, sportifs, vieilles voitures, centres culturels, aérodrome, amateurs de ciné… Les possibilités sont innombrables. A l’époque de Perils of Nyoka, on parlait de « Republic serials ». Pourquoi ne pas en inventer un nouveau, « L’Intercommunal serial ».

Alors que nous faut-il comme jouet ? Ou plutôt à quoi va-t-on jouer tous ensemble ? 

Nous sommes d’accord : tout ceci est un jeu. Mais un jeu sérieux. Sinon, comme dans tous les jeux sans queue ni tête, on finit par se lasser. Le scénario des Périls de Charles Jude, découpé en sept épisodes, cherche à être riche en rebondissements, en scènes « qui tiennent » en haleine. Les différentes idées, glanées ici ou là, en appellent aux compétences de chacun. Spielberg répète qu’un bon film à l’ancienne, sans tartine numérique, dépend des efforts de chaque protagoniste : « De l’acteur, du (des) réalisateur(s), mais aussi du peintre du décor, de l’électricien, de la costumière…  » Ce projet, porté par l’association La Carpeta, ne vise pas à devenir celui d’une ou deux personnes, mais bien d’un groupe.

Place donc aux courses-poursuites, au mystère, au retournement de situation, à l’étonnement et au plaisir.